Pour Philippe Gilbert, consultant chez Sudinfo, la victoire de Wout van Aert n’est pas seulement le fruit de la puissance, mais d’un alignement parfait entre circonstances et flair tactique : « Il a su profiter des ouvertures à Arenberg et Orchies, mais le tournant reste sa réaccélération avec Pogacar pour maintenir l’écart sur le groupe Van der Poel. »
Le duel final sur la piste a confirmé une lacune surprenante chez le Slovène. Si Pogacar semble invincible en montagne, Gilbert rappelle que le sprint en petit comité est son talon d’Achille : « C’est le seul espace statistique où il faillit. Ses emballages à deux ou trois sont largement perfectibles ». Un manque de punch final accentué par la fatigue spécifique de Roubaix, une course qui se dispute « 95 % assis » et qui tétanise les muscles lors du passage en danseuse sur le vélodrome.
Si Pogacar a échoué, Gilbert pointe une erreur stratégique majeure commise bien avant l’arrivée. « UAE a commis une erreur à 200 kilomètres du but. Je n’ai pas compris leur tactique. » En durcissant la course de manière prématurée via Juan Sebastian Molano, l’équipe émiratie a grillé ses cartouches trop tôt. Résultat : Pogacar s’est retrouvé isolé dans le final alors qu’il aurait pu compter sur des soutiens de poids comme Politt ou Vermeersch. « Ils ont voulu éviter de frotter dans les secteurs pavés pour limiter les chutes, mais tactiquement, c’était une mauvaise opération. »
L’image de Mathieu van der Poel impuissant dans la Forêt d’Arenberg à cause de pédales incompatibles reste le scandale technique de cette édition. Philippe Gilbert ne décolère pas : « Hallucinant ! On ne teste pas du matériel sur une grande course, jamais ! » Pour le consultant, le choix d’équiper certains coureurs (dont Philipsen) de prototypes de pédales différents de ceux du leader est une faute professionnelle grave. « C’était du bricolage. Quand on rétribue un champion plusieurs millions, on ne peut pas faire de telles erreurs ». Un gâchis d’autant plus frustrant que, selon Gilbert, Van der Poel était physiquement au-dessus du lot : « Sans ce sabotage interne, je ne vois pas qui aurait pu le battre ».
Enfin, le cas d’Arnaud de Lie inquiète. Invisible et contraint à l’abandon, il semble marquer le pas. Le diagnostic de Gilbert est sans appel : « C’est un manque de condition générale. Tu vois qu’il n’est pas affûté. » Face à ce troisième printemps décevant, l’ancien champion du monde pose la question de l’avenir du jeune Wallon : « Veut-il être un simple sprinter ou un véritable coureur de classiques ? Il doit choisir sa dimension. »













