Tout a basculé à 94 kilomètres de l’arrivée dans la mythique Trouée d’Arenberg. Victime d’une crevaison, le champion du monde pense être sauvé par Jasper Philipsen, qui lui cède son vélo. Mais l’impensable se produit : Van der Poel est incapable de clipser ses chaussures. « J’ai essayé, mais ça n’a pas marché », a-t-il raconté, dépité. La raison est folle : Philipsen utilisait des pédales prototypes Shimano, incompatibles avec les cales classiques de Van der Poel.
Ce dernier avait testé ces pédales en début d’année avant de les abandonner. « Mathieu a choisi les anciennes pédales pour se simplifier la tâche, tandis que Philipsen et Sénéchal poursuivaient la phase de test », a précisé le manager Christoph Roodhooft. Une erreur d’anticipation que le dirigeant assume pleinement : « Je n’aurais jamais imaginé que tout se déroulerait ainsi. Je crois que c’était vraiment idiot de ma part. »
L’incident des pédales n’était que le début d’un enchaînement de circonstances. Après avoir rendu le vélo à Philipsen, Van der Poel récupère une roue avant de Tibor Del Grosso… pour crever de nouveau quelques mètres plus loin. Bloqué derrière une chute et une voiture médicale à l’entrée de la Forêt d’Arenberg, le véhicule d’assistance d’Alpecin-Deceuninck est resté immobilisé plus d’une minute.
« Le fait que tout se soit enchaîné de cette façon est plus impressionnant que de gagner au loto », soupire Roodhooft. Sans ce retard d’une minute causé par l’encombrement de la piste, le staff aurait pu intervenir directement. Au lieu de cela, MVDP est reparti avec un retard colossal de 2’09’’ sur le groupe de tête.
Malgré ce chaos, le Néerlandais a livré une poursuite d’anthologie. Seul contre tous, il a grignoté son retard seconde après seconde pour échouer à la quatrième place, à seulement une vingtaine de secondes de son rival éternel, Wout van Aert. Cette performance laisse un goût d’inachevé amer à Christoph Roodhooft : « C’est arrivé, et je ne peux plus revenir en arrière. »













