Patrick Lefevere inquiet sur l’état du cyclisme : « Quels coureurs aiment encore la course ? »

Patrick Lefevere inquiet sur l’état du cyclisme : « Quels coureurs aiment encore la course ? » - Samuel Guadi

Dans sa dernière chronique pour le Nieuwsblad, le patron de la Soudal Quick-Step pointe du doigt l’évolution du cyclisme moderne. Il craint que la compétition ne devienne qu’un simple accessoire de l’entraînement.

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Patrick Lefevere ne mâche pas ses mots face à un constat frappant : en ce mois de mai, les cadors du peloton affichent des compteurs kilométriques en course particulièrement bas. Si l’efficacité de cette méthode est prouvée par les résultats, Lefevere s’interroge sur la satisfaction globale des sponsors et la viabilité de ce modèle pour le reste du peloton : « Je trouve parfois cela frappant. Nous sommes en mai et Pogačar a neuf jours de course. Mathieu van der Poel en a treize, Jonas Vingegaard quinze. Les coureurs de ce calibre peuvent bien sûr se le permettre. Pogačar gagne six des neuf courses qu’il commence. Van der Poel a quatre victoires sur treize. Le total de Vingegaard est déjà de six également. Bien sûr qu’un sponsor est satisfait alors. »

Le véritable problème, selon le dirigeant belge, réside dans le mimétisme des coureurs de second rang. Pour lui, tout le monde ne peut pas se permettre de s’entraîner énormément pour courir si peu : « Le problème est qu’il y a un effet de débordement vers les « dieux mineurs ». Des coureurs de moindre envergure pensent qu’ils doivent copier l’approche consistant à s’entraîner beaucoup et à courir peu. Je n’en suis pas si sûr, mais une fois que c’est dans leur tête, essayez de discuter contre ça. Que Pogačar et Van der Poel se limitent aux grands rendez-vous, soit. Pour beaucoup d’autres coureurs, je me dis : ne pourrait-il pas y en avoir un peu plus ? »

Lefevere fustige également l’importance démesurée prise par les stages en altitude : « Quels coureurs aiment encore la course ? Je sais que les stages en altitude fonctionnent, mais parfois les courses semblent désormais être des intermèdes entre deux de ces stages. Et je me demande : un sprinteur a-t-il vraiment besoin d’aller en stage en altitude ? Certainement pas deux fois par saison. »

Face à cette dérive, il évoque une piste de réflexion, l’instauration d’un seuil minimal de jours de compétition : « La dernière chose que je voudrais est d’encourager l’UCI à mettre encore plus de petites règles au monde. Mais en tant qu’équipe, vous devez respecter la charge de travail maximale d’un coureur. À mon époque, les coureurs n’avaient pas le droit d’avoir plus de quatre-vingt-cinq jours de course. Ce n’est peut-être pas une mauvaise idée d’introduire également une limite inférieure. »