Les contrôles antidopage nocturnes légitimes ? « Il existe des produits dopants qui ne restent que trois heures dans le sang »

Les contrôles antidopage nocturnes légitimes ? « Il existe des produits dopants qui ne restent que trois heures dans le sang » - Jérôme Jordens

Suite aux contrôles antidopage nocturnes de Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard, le monde du vélo est en plein questionnement. Mais pour certains, ce type de contrôle serait la seule façon de parvenir à détecter certains types de dopage.

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BELGA

Deux jours après Jonas Vingegaard et Tadej Pogacar, c’est Remco Evenepoel qui est passé par la case contrôle. Si selon La Dernière Heure, l’horaire était moins tardif pour le Belge (22h) que pour le Danois (2h) et le Slovène (5h), les choses sont cependant claires, la chasse au dopé est plus que jamais ouverte.

Pour les deux derniers vainqueurs du Tour, le contrôle a été effectué par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) et non par l’UCI. Et la raison derrière ceux-ci serait simple pour le quotidien L’Équipe, il y aurait des « soupçons sérieux et persistants », ce qui aurait permis de réaliser les contrôles la nuit.

Pour Oliver Naesen, présent dans le podcast Wielerpodcast d’Het Laatste nieuws, ces contrôles nocturnes pourraient surtout permettre de trouver des substances impossibles à détecter à d’autres moments : « Il existe des produits dopants qui ne restent que trois heures dans le sang. J’ai entendu dire qu’ils recherchaient de l’hormone de croissance. C’est la première fois que j’en entends parler ».

«  Si l’UCI nous avait testés en 2001 à 2h du matin, nous aurions tous été suspendus »

Et il n’est pas le seul à évoquer cette possibilité. Jonathan Vaughters, PDG d’EF Education-EasyPost, mais surtout ancien équipier de Lance Armstrong chez US Postal a pris la parole sur son compte X. Pour lui, ces contrôles la nuit sont judicieux : « Je ne publie pas beaucoup ici. Mais je vais lancer cette grenade dans l’allée : les tests à 2h du matin sont l’un des moyens très efficaces pour prévenir le microdosage de peptides (EPO, hGH) et de testostérone. Si l’UCI nous avait testés en 2001 à 2h du matin ? Nous aurions tous été suspendus et le sport aurait été épargné 25 ans de drames ».

Des mots importants puisqu’il avait avoué en 2012 s’être dopé durant sa carrière, même s’il reconnaît que ces contrôles sont dommageables pour les coureurs, évidemment présumés innocents : « C’est regrettable que Tadej et Jonas aient à expier la merde que nous avons faite. Cependant, je sacrifierais un peu de sommeil pour gagner en crédibilité. Je devrais m’excuser auprès d’eux deux, honnêtement ».

Malgré tout, se faire contrôler la nuit n’est pas anodin. C’est, en effet, la première fois depuis la modification des dispositions qu’un contrôle nocturne est réalisé. Il a d’ailleurs fallu l’autorisation d’un juge et du parquet pour pouvoir effectuer les contrôles antidopage.

Il faut, effet, que des « soupçons graves et concordants » qu’un coureur ait contrevenu aux règles ou qu’il ait l’intention de le faire pour que la législation sportive française autorise un contrôle entre 23h et 6h du matin. Le risque de « perte de preuves » peut également être invoqué.

Le contrôle en journée, pas dérangeant : « On prend un café ensemble, c’est sympa »

Un cas exceptionnel qui tranche avec les contrôles habituels comme l’explique Oliver Naesen à Het Laatste Nieuws. « J’ai encore subi un contrôle la semaine dernière. C’étaient des gens très respectueux. On prend un café ensemble, c’est sympa. Il faut s’asseoir dix minutes avant qu’on te fasse une prise de sang. Tout ça, ça ne pose aucun problème. Ça se passe dans une ambiance très amicale », explique le coureur Décathlon CMA CGM dans le podcast Wielerpodcast.

Et s’il est conscient que les contrôles font partie de la vie d’athlète professionnel, Naesen grince quand même des dents à propos des contrôles nocturnes : « Tout cela fait partie du jeu et est accepté et salué par les deux parties. Mais à deux heures du matin, c’est tout de même extrême. Je pense qu’il faut fixer une limite à ce qu’on peut faire subir à un athlète. Les contrôles antidopage font bien sûr partie du jeu, mais je n’ai encore jamais vécu de contrôles au milieu de la nuit. Cela n’arrive dans aucun autre sport ».