Les agents, toujours plus influents : « Pour les gens malhonnêtes, le foot, ça pourrait être un business incroyable »

Les agents, toujours plus influents : « Pour les gens malhonnêtes, le foot, ça pourrait être un business incroyable » - Jérôme Jordens

Dans un long entretien avec le média Grand Rectangle, Stijn Francis, l’agent le plus influent du football belge, est revenu sur les pratiques douteuses de certains agents. Avec son agence Stirr Associates, il défend notamment les intérêts de Nathan De Cat ou Kos Karetsas.

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BELGA

Le mercato estival a une nouvelle fois été le théâtre de nombreux transferts, avec des sommes astronomiques dépensées, notamment par les clubs anglais. À un point tel que certains se demandent si les intérêts des joueurs sont toujours la première chose à laquelle pensent leurs agents.

Dans un long entretien avec le média Grand Rectangle, l’agent Stijn Francis, de l’agence Stirr Associates, la plus grande agence belge, est revenu sur ces pratiques et pointe du doigt l’influence toujours plus grande de certains agents, qui possèdent trop de joueurs pour pouvoir les représenter correctement : « Avec mille joueurs, je suis convaincu que 80 % des agents ne savent pas qui est qui ».

Un phénomène qui déplace également l’influence des agents sur des joueurs toujours plus jeunes, pour ne pas manquer le prochain joueur bankable et une plus-value intéressante. « On voit des joueurs de 12 ou 13 ans qui ont déjà un agent. C’est incroyable, et c’est illégal », regrette Stijn Francis. « Normalement, on peut commencer à contacter un joueur à 14 ans et demi. La plus-value d’un agent à cet âge est zéro. Ils veulent être là avant les autres, pour pouvoir faire ce qu’ils veulent du joueur à 18 ans. »

Une pratique qui interroge l’avocat à la tête de la plus grande agence de Belgique. Car selon lui, la signature du premier contrat professionnel est le moment le plus important d’une carrière. « C’est le dernier moment de la carrière où le joueur a 100 % de contrôle », explique-t-il. « Il n’a pas encore de contrat, il est libre, et il ne risque rien puisqu’il ne gagne rien. Le club n’a qu’un argument : si tu ne prolonges pas à ton anniversaire, tu ne joues pas. Mais alors le joueur peut partir, donc il est plus fort que le club. Pour un grand talent, c’est une position de force unique, et il faut en profiter. Le contrat d’un jeune joueur peut créer une base pour le reste de sa vie : le pourcentage de revente change une existence si on le négocie bien. »

« L’erreur de beaucoup de joueurs, c’est de signer trop longtemps »

Et pour Stijn Francis, il y a une chose à absolument éviter : « L’erreur de beaucoup de joueurs, c’est de signer trop longtemps. À partir du 1er janvier, les clubs peuvent proposer des contrats de cinq saisons à des joueurs de 15 ans. Ils peuvent être bloqués jusqu’à 20 ans. Or tout change vite entre 15 et 17 ans, et les clubs aussi. Si Openda avait signé cinq saisons, il n’aurait pas pu être prêté à Vitesse, et c’est là que sa carrière a démarré ».

Le problème pour Stijn Francis est que l’appât du gain peut faire tourner la tête aux agents, qui oublient alors que leur rôle premier est de travailler dans l’intérêt de leur joueur : « J’ai vu des choses ici, en Belgique : un club a dit à l’agent que, s’il prolongeait le joueur à ces conditions, il aurait un pourcentage de revente, et que le joueur ne devait rien voir. Le joueur croit avoir un agent qui s’est battu pour lui, alors que le club et l’agent le poussent ensemble à signer un contrat qui ne lui est pas favorable. Et les parents font confiance à quelqu’un qui a rencontré leur garçon quand il avait 12 ans, « le meilleur ami de la famille ». Pourquoi est-il le meilleur ami ? Parce qu’il en profite ».

« Être agent de foot, c’est être confronté en permanence à des conflits d’intérêts potentiels »

Malgré tout, l’avocat reconnaît qu’il peut être difficile de garder sa ligne de conduite. « Être agent de foot, c’est être confronté en permanence à des conflits d’intérêts potentiels », avoue-t-il. « On l’a vécu avec Zinho Vanheusden. Il avait un club anglais, un club italien et le Standard. Au Standard, on gagnait beaucoup moins qu’avec les deux autres. À l’époque, tu n’as pas beaucoup d’argent et tu dois survivre pour rester agent : ça met la pression. On lui a dit : voilà les trois clubs, voilà les trois commissions, c’est à toi de décider. La seule façon de résoudre ce conflit, c’est d’être 100 % transparent et de laisser la décision au joueur ».

Pour tenter de résoudre une partie des problèmes liés à la profession, Stijn Francis propose trois solutions : « Premièrement, plafonner les commissions à 10 %. Je suis pour, ce qui est bizarre à dire : sur les trente plus grands agents du monde, vingt-cinq arrêteraient, parce qu’ils ne gagneraient plus assez. La corruption deviendrait moins rentable : si tu donnes 500 000 euros par an et que tu ne gagnes que 10 %, tu ne récupères pas ta mise. Mais je ne pense pas que ce soit légal : en Angleterre, un tribunal a déjà jugé qu’un plafond est illégal. Deuxièmement, faire vraiment respecter l’interdiction pour un agent de tourner autour d’un joueur avant ses 14 ans et demi : aujourd’hui, personne ne la contrôle. Troisièmement, un document de transparence, signé par toutes les parties et par le joueur, avec toutes les commissions payées dans la transaction. Au moins, le joueur saurait qui gagne quoi ».

« Pour les gens malhonnêtes, le foot, ça pourrait être un business incroyable ».

Pour Stijn Francis, certains agents profitent également de certaines situations pour se faire de l’argent sur le dos de leurs joueurs, notamment lorsque ceux-ci viennent de familles dans une situation financière difficile : « Je n’en ai pas la preuve, mais j’imagine que le raisonnement est le suivant : j’investis 50 000 euros d’argent noir ; quand le joueur fait un transfert, je dis au club que j’ai déjà investi et que je dois avoir un profit. Mes 50 000 deviennent 100 000 ou un million, et l’argent est blanchi comme argent officiel. Pour les gens malhonnêtes, le foot, ça pourrait être un business incroyable ».

Pour Stijn Francis, s’il faut modifier le système, imposer de nouvelles règles ne va pas tout changer. « S’il n’y a personne pour réunir tous les acteurs et se demander ce qui est le mieux pour le foot à long terme, rien ne changera », assure l’ancien joueur.

Et ce n’est pas la licence FIFA qui a été mise en place qui va changer les choses pour Stijn Francis : « Certains agents cités dans le Footbelgate sont encore enregistrés comme agent avec une licence. Qu’est-ce que ça change, qu’il y ait un examen ou non ? Une licence ne change rien. C’est la culture qui doit changer, et on ne change pas une culture ».

Si l’heure est donc au questionnement pour certains, il semble difficile d’imaginer voir les choses évoluer rapidement, d’autant plus que les agents les plus influents tirent sans doute profit du mode fonctionnement actuel.