La Pro League : la nouvelle alternative pour les clubs des grands championnats

La Pro League : la nouvelle alternative pour les clubs des grands championnats - Samuel Guadi

Ces dernières années, le Club de Bruges s’est distingué par sa capacité à vendre ses joueurs à prix fort. Le championnat belge est un marché de plus en plus prolifique et regardé.

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BELGA

Ces dernières années, le Club de Bruges est passé maître dans l’art de vendre ses joueurs. Encore ce mercato, Kaye Furo vient de partir à Brentford pour 10 millions d’euros, un prix qui paraît démentiel pour un joueur avec aussi peu d’expérience en Pro League (86 minutes cette saison), malgré son potentiel. L’Union semble également poursuivre un chemin similaire avec de très belles ventes cet été, notamment Franjo Ivanovic pour 22,8 millions d’euros. Une culture qu’il faut étendre au reste du championnat.

Belgique is the new Portugal

Pour les clubs des grands championnats, la Belgique devient petit à petit une mine d’or. Au fond, ce que la Belgique devient… c’est le nouveau Portugal. Pendant près d’une décennie, Porto et Benfica étaient vus comme les meilleurs « centres de formation » pour jeunes étrangers, souvent sudaméricains. Angel Di Maria, Radamel Falcao, Renato Sanches, Joao Mario, Hulk, Nelson Semedo… la liste des joueurs ayant quitté le championnat portugais pour un top club européen est infinie.

À cette époque, on parlait encore en vingtaine, trentaine de millions d’euros. La réputation du championnat allant, combiné avec l’inflation des transferts, fait d’aujourd’hui le Portugal un excellent championnat formateur… mais devenu trop cher. 127,2 millions d’euros pour Joao Felix, 121M pour Enzo Fernandez, 85M pour Darwin Nunez. Des tarifs accessibles pour le gratin du football mondial mais trop élevé pour le club moyen de Premier League ou de Bundesliga.

Moins cher qu’ailleurs

C’est ici que rentre en jeu la Pro League, avec comme fer de lance, le Club de Bruges. Il y a une demande en Europe pour des joueurs de qualité plus accessibles financièrement mais tout aussi talentueux. Depuis plus d’une dizaine d’années, la Belgique s’est imposée comme un pays capable de sortir des joueurs talentueux de ses centres de formations, la génération dorée des Diables Rouges a beaucoup contribué à élever ce statut. Mais contrairement à nos voisins néerlandais, qui se construisent surtout sur leur vivier national, les clubs belges ont fait le choix d’également s’alimenter en joueurs étrangers, de chercher les pépites qui jouent dans des championnats encore plus petits.

Car si le transfert le plus coûteux de l’histoire de la Pro League reste celui d’un Belge formé à la maison, Charles de Ketelaere pour 37,5 millions, la très grande majorité du top 10 est remplie d’internationaux. Ardon Jashari ? Recruté en Suisse. Igor Thiago ? Un brésilien recruté en Bulgarie ! Jonathan David ? Arrivé à 18 ans en provenance du Canada. Bref le pattern est posé. Sans parler encore de Joel Ordonez, recruté directement en Equateur à 18 ans et qui pourrait exploser le record de vente de CDK avec des rumeurs avoisinant les 50 millions d’euros.

La recette gagnante

Revenons à Bruges. Si aujourd’hui le Club est dans une si bonne posture d’un point de vue sportif, c’est parce qu’ils ont réussi à financièrement rendre le club extrêmement rentable. Pour recruter des talents, il faut réussir à en vendre avant. C’est un cycle que les Brugeois maîtrisent à la perfection. Le Club n’est pas tout le temps gagnant, on pense notamment aux transferts ratés de Kamal Sowah ou David Okereke, mais sur la durée il suffit de réussir quelques coups pour l’être. Sur les quatre dernières saisons, Bruges a dégagé un bénéfice d’environ 150 millions d’euros. Démentiel.

Cette manière de fonctionner, ce blueprint, c’est également celui que suit depuis plusieurs saisons l’Union Saint-Gilloise. Les ventes ne sont pas encore à la hauteur de celles de Bruges mais on sent la montée en puissance du club bruxellois : Victor Boniface et Franjo Ivanovic sont partis pour plus de 20 millions, Noah Sadiki pour 17, Cameron Puertas et Mohamed Amouras pour environ 15. Des montants qui se rapprochent de ceux de Bruges il y a 7-8 ans quand Krépin Diatta, Arnaut Danjuma ou encore Wesley Morares partait pour des montants similaires.

Bien pour le championnat… mais attention à l’inflation

Ces ventes sont évidemment bonnes pour le championnat Belge : l’argent qu’obtiennent des équipes comme Bruges ou l’Union peuvent servir à être réinvestis en Belgique pour acheter des talents et ainsi permettre à d’autres clubs d’assurer de meilleures finances. L’Union a acheté pour plusieurs millions Adem Zorgane, Louis Patris et Rob Schoofs cet été.

Mais attention à ne pas subir le même sort que le Portugal : devenir un championnat tellement cher que l’attrait de nombreuses écuries se tourne vers un nouvel eldorado, comme la Norvège ou le Danemark qui tablent sur une stratégie similaire depuis plusieurs saisons. À terme, on espère voir des clubs belges devenir les Braga, les Sporting, des clubs capables de réaliser eux aussi de belles ventes. Mais si tout va trop vite, que Bruges ne vend plus qu’à une élite du football mondial pour des sommes astronomiques… on se retrouvera alors comme au Portugal : un championnat coupé en deux, avec les ultrariches et les clubs qui pataugent.