Picnic-PostNL accusée de management toxique, un ancien coureur évoque une « culture de la peur »

Picnic-PostNL accusée de management toxique, un ancien coureur évoque une « culture de la peur » - Samuel Guadi

La formation néerlandaise Picnic-PostNL est au cœur d’une vaste enquête journalistique menée par NOS et In De Waaier. Soixante et onze témoins dénoncent des méthodes de management jugées destructrices.

circus
Photo
BELGA

Une enquête menée par NOS et In De Waaier met en cause le fonctionnement interne de l’équipe Picnic-PostNL, avec des témoignages faisant état d’un climat de travail particulièrement pesant, marqué par la peur et une pression psychologique excessive. Des coureurs et des membres du personnel, anciens comme actuels, affirment avoir quitté la structure dans un état de profonde détresse. Parmi eux, Martijn Tusveld a accepté de témoigner ouvertement sur son expérience.

Pour l’ancien professionnel néerlandais, les difficultés auraient commencé après une étape du Giro en octobre 2020. Lors d’un débriefing, il avait critiqué la stratégie de course de son équipe. Il lui aurait ensuite été reproché de contribuer à une « ambiance négative », avant d’être écarté des grandes courses en 2021.

Bien qu’il ait prolongé son contrat jusqu’à son départ fin 2024, Tusveld explique avoir progressivement perdu la possibilité de s’exprimer librement. Dans un courriel adressé à son ancien directeur sportif Rudi Kemna durant l’hiver 2025, il a décrit la dégradation de leur relation et la peur qui l’accompagnait au quotidien.

« J’ai commencé à éprouver de l’anxiété », a-t-il confié aux deux médias. « Je me suis dit, je vais simplement me taire et dire « amen » à tout. Et c’est ce que j’ai fait durant toutes les années qui ont suivi au sein de cette équipe. »

L’ancien coureur révèle également avoir souffert d’une dépression en 2021 et avoir pensé au suicide. Ses difficultés psychologiques ont persisté après son départ de Picnic-PostNL et ont contribué à sa décision de mettre un terme à sa carrière à la fin de l’année 2025.

71 témoignages mettent en cause le management

Le récit de Tusveld ne serait pas un cas isolé. Au total, 71 témoins auraient dénoncé les méthodes de management de Rudi Kemna et du manager Iwan Spekenbrink. Plusieurs parlent d’une « culture de la peur » et d’un environnement de travail dangereux sur le plan psychologique. Un ancien coureur affirme notamment avoir sollicité l’aide d’un préparateur mental pour surmonter ses difficultés. Selon son témoignage, Kemna lui aurait répondu : « Je ne crois pas aux psychologues ».

D’après les éléments recueillis par les enquêteurs, cette évolution managériale se serait accentuée au fil des succès sportifs de l’équipe. Un ancien entraîneur situe un premier tournant après les victoires de Marcel Kittel sur le Tour de France en 2013 et 2014. Une autre source évoque plutôt le sacre de Tom Dumoulin sur le Giro en 2017.

La crainte de voir les performances diminuer aurait poussé la direction à renforcer progressivement son contrôle sur tous les aspects du quotidien : entraînement, nutrition et organisation du travail. Une volonté de rationalisation qui, selon plusieurs témoignages, aurait fini par instaurer un climat particulièrement rigide.

Picnic-PostNL annonce une enquête indépendante

Face à ces révélations, l’équipe a réagi dans un communiqué publié jeudi. Si elle conteste la vision globale présentée dans l’enquête, elle reconnaît la gravité des témoignages recueillis et affirme vouloir faire la lumière sur les faits : « Les témoignages partagés par des coureurs et des membres du personnel, actuels comme anciens, nous touchent. Par ailleurs, nous ne nous reconnaissons pas dans la vision globale qui ressort de ces publications. »

Elle ajoute : « Le fait que les expériences vécues puissent varier n’enlève rien à la gravité des témoignages qui ont été révélés. Nous allons donc faire mener une enquête indépendante sur la manière dont la culture de notre équipe est vécue au quotidien, et sur la mesure dans laquelle elle correspond à la culture que nous cherchons à instaurer. »

La formation assure néanmoins vouloir comprendre comment certaines personnes ont pu se sentir en danger ou ne pas avoir eu suffisamment l’occasion d’exprimer leurs préoccupations.