Six ans après son départ, Dimitri Lavalée est de retour au Standard. Un moment forcément important pour le défenseur de 29 ans, qui retrace sa carrière tout au long du long entretien qu’il nous a accordé.
Une arrivée au Standard, dès six ans
Et pour comprendre l’attachement du gaucher au Standard, il faut remonter au tout début, lorsqu’il a rejoint l’académie du Standard à six ans seulement. « Ma mère, mon grand-père, mes frères étaient fans du Standard. Donc forcément, d’avoir leurs petits frères ou leurs enfants ou petits-enfants qui peut rejoindre le club, je pense qu’il y avait eu beaucoup de fierté à ce moment-là », retrace Lavalée.
La suite, c’est forcément l’ascension vers l’équipe première, en passant par les différentes catégories d’âge, où le doute s’est parfois installé : « L’Académie n’a pas été un long fleuve tranquille. Il y a eu des moments, notamment je pense en U15, où j’ai joué à différentes positions, où ça a été un peu plus compliqué. À 17, 18 ans, quand on voit aussi des joueurs venir de l’extérieur, qui viennent sous contrat directement, puis on perd sa place, donc il faut se battre. Donc ça n’a pas toujours été tout rose, mais je vais dire que j’ai su sortir mon épingle du jeu ».
Forcément, tomber aussi tôt dans le monde professionnel, c’est également difficile à gérer. « Vers l’âge de 9, 10, 11 ans, il y a un moment où je me rappelle avoir discuté avec mes parents où je leur ai dit que je voulais arrêter », admet Lavalée. « Je voulais retrouver mes potes de Melen à l’époque. Parce que forcément, ce n’est pas la même chose. Ce n’est pas le même environnement. Mais après, ils m’ont aussi conseillé, ils m’ont parlé. Ce n’est pas toujours facile, avec les sacrifices. On voit aussi les amis de l’école qui font parfois des anniversaires, des fêtes, le week-end. Malheureusement, on ne peut pas y prendre part, c’est parfois compliqué aussi. »
Les débuts avec les Rouches, en Coupe d’Europe
Un environnement familier que Lavalée va quitter en 2018 avec un prêt à Maastricht. Un premier pas dans le monde professionnel qui est loin d’être un échec pour le défenseur : « Je venais d’enchaîner deux ou trois années avec les U21. C’était important pour moi de franchir le cap, de quitter un peu cet environnement jeune. Il n’y avait pas encore les équipes de jeunes en D1B ou en D1 amateur. Donc Maastricht n’a pas été un échec du tout. Ça a été justement un bel enseignement pour moi et une grosse motivation de pouvoir me mesurer à un championnat professionnel. Même si c’était une D2, ce n’était pas trop loin non plus. Je pouvais rester dans l’environnement familial. C’était vraiment le parfait équilibre. Et au final, la saison s’est avérée être une réussite ».
Un chemin qui le mène alors au 24 octobre 2019. « Francfort-Standard, correct ? » Les souvenirs du gaucher sont bons. « Le premier match avec le Standard, le baptême du feu. Je pense qu’il y a eu beaucoup d’émotions ce jour-là », reconnaît-il. « Du stress, de l’adrénaline. Une joie à dénouement, je vais dire. Parce que forcément, quand on est jeune, on travaille pour un jour devenir pro. Et ce moment, je l’avais rêvé depuis longtemps. C’est un aboutissement de tous les sacrifices faits par le passé, du travail effectué. C’était beaucoup de joie et d’émotions ce jour-là. Malgré la défaite. On ne perd que 2-1 sur deux phases arrêtées. On avait quand même fait une belle prestation. Et je pense qu’on méritait un peu mieux ce jour-là. »
L’échec à Mayence et le retour en Belgique
Mais malgré cette première réussie, l’idylle ne dure pas très longtemps et en juillet 2020, Lavalée quitte le Standard gratuitement en fin de contrat pour Mayence, en Bundesliga. « C’était un moment compliqué pour le club, pour moi aussi », retrace Lavalée. « On a eu pas mal de mois, de semaines de négociations. À la base, ma première envie était de rester au Standard. Parce que c’était mon club de cœur, mon club de jeunes, où j’ai passé la plus longue partie de ma vie. Donc j’avais envie de rester, de m’inscrire dans la durée. Maintenant, la vie est aussi faite de choix. On n’a malheureusement pas pu trouver un accord. Il y a eu des différends aussi. Il y a eu des choses qui se sont passées qui m’ont déplu. Donc forcément, j’ai pris à ce moment-là la décision de partir à l’étranger. Ce qui pour moi, à ce moment-là, était le meilleur choix. »
À Mayence, l’expérience n’est pas une grande réussite et en janvier 2021, Lavalée retrouve le championnat belge, en prêt à Saint-Trond avant de rejoindre Malines à l’été 2022. Le Standard, le défenseur l’a donc retrouvé en tant qu’adversaire. « Forcément, c’est toujours un sentiment bizarre », reconnaît-il. « Je n’avais jamais connu ça. Ce qui était le plus bizarre, c’est forcément de revenir à Sclessin ou de jouer le Standard avec un autre maillot. Ou de revoir d’anciens coéquipiers, d’amis qui étaient adversaires ce jour-là ».
Malgré tout, il ne regrette pas son départ pour l’Allemagne : « Mayence, c’était une belle expérience. Ça m’a beaucoup appris en tant que personne. Ça a été un échec, forcément. Je n’ai pas peur de le dire. Mais j’ai pu grandir en tant que joueur et que personne. Vivre une expérience à l’étranger, quitter un peu ce cocon familial aussi, s’émanciper. Ça m’a fait beaucoup de bien pour revenir après à Saint-Trond et avoir pris de l’expérience et pouvoir rebondir à Saint-Trond pendant une saison et demie avant de repartir à Malines ».
Mais là non plus, tout ne va pas se passer comme prévu. « Malheureusement, à Malines, j’ai connu quelques blessures aussi la première saison. On a atteint la finale de la Coupe, mais finalement, tous les objectifs n’étaient pas remplis. Donc, ça a été un peu compliqué le début de saison aussi avant de partir pour l’Autriche », admet Lavalée.
Des belles années et des titres au Sturm Graz
Lors du mercato estival en 2023, le joueur formé au Standard s’envole, en effet, pour l’Autriche et le Sturm Graz. Un transfert plus que réussi puisqu’il est sacré champion d’Autriche dès sa première saison et fait chuter l’ogre de Salzbourg, qui dominait le championnat depuis de nombreuses années. « Je pense que Salzbourg avait été champion 10 ou 11 fois d’affilée, donc, pouvoir mettre un terme à ce règne, ça a été aussi un grand objectif, une grande réussite aussi pour le club », se félicite le gaucher. « On a connu une année magnifique avec doublé Coupe-championnat. On a joué la Coupe d’Europe aussi cette année-là. Donc, forcément, il y a eu beaucoup de résultats. On avait fini en Conférence League. Pouvoir être champion et concrétiser cette année de travail par deux titres comme ça, c’est vraiment une consécration pour tout le club, pour toute la ville aussi. On a eu une belle fête. »
Résultat, le Sturm Graz valide son ticket pour la Ligue des champions et Lavalée découvre la compétition. « C’est un rêve d’enfant. Quand j’étais ici, j’avais 9, 10 ans, on regardait le mardi, le mercredi, les matchs de Ligue des Champions. Entendre cet hymne résonner à la télé ou dans le stade, c’était quand même un grand moment aussi. Ça donne la chair de poule. C’est quand même une grosse consécration, un rêve réalisé. Et beaucoup d’expérience aussi. On s’est mesuré à de grandes équipes, de grands joueurs. On a réussi à prendre six points dans cette phase. C’était quand même pas mal pour nous, petit club, petit Poucet de la compétition ».
Et l’hymne de la Ligue des champions, Dimitri Lavalée espère pouvoir la faire résonner à nouveau dans les travées de Sclessin, même s’il reconnaît que d’autres étapes seront sans doute nécessaires pour y parvenir. « Forcément, Sclessin mérite avant tout de connaître une Coupe d’Europe chaque année. Avant de viser la Ligue des Champions, il y a d’autres compétitions maintenant, comme la Conférence League ou même l’Europa League. Ramener la Coupe d’Europe à Sclessin serait déjà un très grand objectif et un grand accomplissement. Mais c’est sûr que dans le futur, si on peut faire résonner l’hymne de la Champions League ici, ce serait merveilleux ».
La rupture des ligaments croisés
Mais avant ce retour dans son club formateur pour tenter d’y ramener la Ligue des champions, Lavalée a connu une dernière épreuve compliquée au Sturm Graz en se rompant les ligaments croisés du genou. Une blessure qui a coïncidé avec la naissance de sa fille. « Ça a été une semaine compliquée et intense pour moi », retrace-t-il. « Ma fille est née au début de semaine. Le lundi, j’étais ici de retour à Liège. J’ai dû retourner d’abord à Athènes pour le match de Coupe d’Europe le jeudi. Donc le mercredi, je devais quitter déjà ma compagne et ma fille à l’hôpital et reprendre l’avion pour aller rejoindre l’équipe. Puis le retour aussi en Autriche. Donc la semaine a été compliquée. Être éloigné, ne pas pouvoir rentrer à la maison ensemble avec la famille a été aussi un moment un peu déchirant ».
Et c’est donc dans cette période éreintante mentalement que le corps a craqué : « A la 55e ou 60e minute du match, contact anodin. Avec la semaine que j’ai vécue, les émotions, la fatigue aussi, forcément, mon genou a lâché. Ça a été un moment déchirant. Une grosse tristesse. Moi qui n’avais jamais connu de blessure de ce niveau-là. On a un peu le monde qui s’effondre ».
Mais le défenseur s’estime heureux, il a été bien entouré pour surmonter cette grave blessure : « J’ai eu la chance de pouvoir compter sur ma compagne et sur ma fille pour ce soutien familial. Et pouvoir passer le plus de temps avec ma fille, la voir grandir aussi. J’ai pu me faire opérer ici, faire la première partie de ma rééducation ici. Donc je veux dire, je n’ai raté aucun moment de sa plus jeune enfance. Et ça m’a permis de surmonter tout ça et de travailler encore plus dur pour revenir plus fort. »
Désormais, le plus dur est derrière lui et il est prêt à reprendre la compétition, même s’il sait qu’il faudra sans doute du temps pour retrouver toutes ses sensations : « Complètement fit, je n’irai pas encore jusque-là. Parce que quand on dit complètement fit, on va dire apte à jouer nonante minutes. Forcément, mon cardio a pris un coup aussi. Mais voilà, la présaison est là pour ça. Donc je pense que c’est très bien. Maintenant, si ça peut rassurer les supporters, j’ai pleine confiance en mon genou, pleine confiance en moi aussi. Le travail a été fait sérieusement avant. J’ai travaillé deux fois plus pour revenir le plus fort et le plus vite possible. Donc je pense qu’en termes de temps, je suis très, très bien sur ma date de retour, même en avance. Et la prépa se passe à merveille. On a adapté un petit peu les premières semaines ».
L’émotion du retour au Standard
Car ce retour au Standard, Dimitri Lavalée le prend très au sérieux. Et il admet qu’il aurait pu se faire un peu plus tôt que cette saison : « J’avais eu un appel avec Marc l’été passé. On avait un peu discuté du projet qu’il y avait ici. Malheureusement, on connaissait la situation du club et je n’étais pas libre. Donc, ça va être compliqué aussi de payer un transfert, je pense. Donc, ça ne s’est pas fait. On en était resté là ».
Malgré tout, le Standard est resté dans un coin de sa tête. « J’étais revenu une fois ou deux au stade, notamment Standard-Anderlecht. J’avais croisé Marten, le fils de Marc avec qui j’avais joué en U21 à l’époque. On avait un peu discuté. Il m’a dit, ça serait bien qu’on se rappelle, qu’on se tienne au courant ».
Et le contact a été repris. Il n’a alors pas fallu longtemps pour trouver un accord. « Sur la fin de la saison, ils m’ont rappelé. On s’est vus à mon retour en Belgique, à Liège. Et c’est à partir de là que les discussions ont commencé. Et j’ai directement adhéré à la discussion, au projet présenté. Puis forcément, après, il y a eu des semaines de discussion. Je suis parti un peu en vacances aussi et Marc m’a toujours contacté pour me tenir au courant. Donc, j’ai vraiment senti cette envie de me faire venir. Pour moi, c’était important parce qu’après une blessure pareille, on sait parfois comment les clubs peuvent être réticents, ce que je peux comprendre. Mais moi, j’avais confiance en moi aussi. Et de voir cette confiance-là, ça m’a aussi fait chaud au cœur. Et ça m’a montré aussi vraiment cette envie de me faire venir. Et je choisis aussi forcément avec le cœur. Le Standard a toujours eu une place spéciale pour moi, même quand je suis parti, je suivais toujours les résultats, les matchs. Quand j’étais ici, j’essayais si c’était possible de venir voir au stade. Être dans un environnement où on a vraiment envie de me faire venir, où on compte sur moi, c’est forcément quelque chose qui pèse dans la balance aussi. Et donc forcément, quand les deux se sont réunis, je vais dire, je n’ai pas dû hésiter longuement ».
Et le Liégeois l’admet, l’émotion a été grande au moment de prendre la décision de revenir à la maison. « Déjà quelques jours avant, quand j’ai donné mon accord et que j’ai rappelé Marc, pour lui dire que ma décision était prise, de l’annoncer après la discussion avec ma compagne, ma famille, déjà là, ça a été un moment d’émotion. Mais forcément, à la signature, pouvoir être accompagné de ma compagne et de ma fille pour ce retour à Liège a été un moment vraiment émotif. Et comme on peut dire, c’est la cerise sur le gâteau ».
Désormais, l’objectif est de bien performer, mais aussi de réaliser une grande première : « J’espère quand même marquer. Je n’ai pas encore marqué pour le standard, donc j’espère marquer le premier à Sclessin ».
Et la célébration est déjà toute trouvée : « Je pense que pour le retour, je pense que le petit cœur peut être significatif pour beaucoup de choses. Donc je pense qu’il sera de sortie ».













